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L'Humanité.fr du 30 Août 2008

 
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Droo
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MessagePosté le: Dim 31 Aoû - 21:50 (2008)    Sujet du message: L'Humanité.fr du 30 Août 2008 Répondre en citant

Tribune Libre

Le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin

Grenier(s) - article paru le 30 août 2008 -

Temps. Une porte poussiéreuse entrouverte sur un grenier de famille abandonné. Souvenirs en friche. Prisonniers de toiles d’araignées. Figés dans leur inexactitude. Quelques malles odorantes, des objets informes tôt morts, de modiques jouets brisés, oubliés, de vieux habits mités - des illusions sur de la moisissure. Passé au grand tamis du temps qui passe, il faut parfois trier en soi les résidus d’opiniâtreté comme autant de pépites improbables sorties de la boue par la main de chercheurs d’or, même si le voyage en mémoire commotionnée, pour le coup, se contente d’un réduit sous charpente.

Repères. Nous espérons toujours quelque chose de nos sursauts tranquilles, aussi modestes soient-ils. Émotifs et effleurant les sentiments avec la prudence des grands brûlés de l’amer, nous ressemblons à ces hirondelles de campagne qui, le soir venu, à la fraîche, touchent nos fenêtres ouvertes d’une caresse de l’aile, évitant intuitivement (sauf accident) de s’y engouffrer tant le chemin pour sortir paraît ensuite difficile. Et nous, contraires à leur image, nous sommes alors nez au vent, conditionnés par l’air du temps et les commentaires assermentés d’une actualité ignée et sans pause, tellement active désormais, vécue sans discontinuer, qu’on ne reconnaît plus son bon vieux mois d’août, calendrier ravagé où nul calme ne s’impose, repères mis à mal, brouillage de notre biorythme qu’agençait autrefois la plénitude imposée d’une France mise entre parenthèses par la détermination de ses citoyens. Plus rien aujourd’hui ne s’arrête vraiment. Pas même l’impression que tout cela devrait s’arrêter quelque peu. C’est dire l’ampleur de l’aliénation.

Chat. Donc, où est notre mois d’août, où est la saveur de notre soleil d’antan que rien ne venait perturber ? Où sont nos orages d’orgueil ? Et nos températures des bords de l’eau ? Et nos lectures d’été ? Et où sont donc nos montagnes si lumineuses jadis sous la pleine lune que, par leur unique présence, elles nous dictaient la mesure en toutes choses et l’apprentissage de la patience des saisons, ce qu’il fallait apprendre de la régulation lente des rivières, de la régénération des lacs, des transhumances et même, aussi dérisoire soit-elle, de l’arrivée tardive des pêches de vigne, tout en bas du champ de la grand-mère ? Sur ce tertre piétiné par l’homme de la ville et sa pseudo-humanité vidéosphérisée maintenue sous tension extrême, lorsque les images de pékins se taisent enfin, seul l’abyssin règne en maître sur l’herbe verte et glisse en douceur en terrain conquis, quête d’espace, odyssée de l’espèce. Lui au moins manque de références, ne calcule pas ses actes. Qu’on se le dise. Les moments de liberté existent si nous savons nous les imposer. Paradoxe de notre époque.

Debray. Dans les greniers des villages nous retrouvons quand même des oiseaux morts de déshydratation, imprudents mais curieux visiteurs incapables de retrouver l’ouverture par laquelle ils étaient entrés, errants malingres parmi les hommes, enterrés vivants dans des tombeaux de pierres et de bois, voletant une dernière fois au plafond des rêves avant silence. Et nous ? Reprenant doucement le fil du réel, nous traquons les mensonges du président et toutes les machinations du monde tel qu’il ne va pas. Puis, au détour d’une publication, nous lisons Régis Debray qui, dans l’Intellectuel face aux tribus (CNRS Éditions), à la faveur d’un hommage à Samir Kassir, écrivain et journaliste libanais assassiné dans un attentat à la voiture piégée, interroge notre univers fragmenté par les tribus et les identités, faites de trop de convictions et de tant de croyances. Une soixantaine de pages flamboyantes dans lesquelles le philosophe, en sa posture d’intellectuel (quasi) terminal, comme conscient d’une solitude grandissante, annonce le drame d’un futur proche où « Dieu et le business » se disputeront seuls le podium de nos sociétés dominées par la démocratie d’opinion, si ce n’est déjà le cas. Il écrit : « Face au présentateur de télévision, au sportif, au chanteur, l’artisan des idées, sauf à se jeter dans la fosse aux médias, n’est simplement plus compétitif. » Il poursuit : « Ni Dieu ni l’argent n’aiment les fauteurs de troubles. (…) Coincé entre la tyrannie de la popularité inhérente à l’ordre marchand et la paranoïa montante des minorités, quel interstice reste-t-il à l’intellectuel non communautaire, à l’inorganique, à l’homme de rupture et non de soudure pour qui l’unanimité jamais ne saurait faire loi ? » Et en passant, Debray précise tel un clin d’oeil perturbateur : « La tolérance mutuelle, condition du pluralisme ? Oui, mais prenons garde à ce mot trop souriant pour être honnête. La tolérance est aisée dans le vide des convictions. »

Julien. En ces semaines post-olympiques où nos soldats meurent en Afghanistan et où le panier de la ménagère crie toujours famine, ces mots du philosophe vous embarrasseraient-ils ? Tant pis. Nos semaines furent heureusement importunées par l’étonnant (et très réussi) premier album de Julien Doré, Ersatz. Comme lui nous dépassons les limites, nous pissons sur des hanches pour provoquer leur étanchéité, nous aimons les bouches putes sales jusqu’à la rage, nous sculptons les opposés, in extremis en porte-à-porte, puis nous claquons celles de nos maisons closes, nous perdons le goût de l’or, nous enfumons le drame qui nous embrasse, car nous avons seulement besoin de mots pour nous dire « salut, ça va ».

Doutes. Agitant notre monde affectif autant que nous le pouvons, nous contemplons une dernière fois l’horizon déchiré et le bleu intact du ciel qui nous semble encore si beau et pourtant si mal adapté au chaos de l’actualité qui rugit bruyamment, de l’autre côté du temps. C’en est assez. La lourde porte du grenier s’est refermée sans bruit ni heurt, à peine grinçante sous les assauts de nos doutes. Hébétude. Perfection immobile. Et puis turbulences d’à-venir. Avec encore au coin des lèvres un brin d’herbe folle, déjà sans saveur, trop mâchouillée sans doute. Nous pensons à ce qui nous attend, à la vue des tas de décombres. Hantés. Tous hantés par nos greniers de famille.

Source : http://www.humanite.fr
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MessagePosté le: Dim 31 Aoû - 21:50 (2008)    Sujet du message: Publicité

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lenoirduje


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Inscrit le: 01 Sep 2007
Messages: 64

MessagePosté le: Mar 2 Sep - 22:28 (2008)    Sujet du message: L'Humanité.fr du 30 Août 2008 Répondre en citant

Je ne dirais qu'un mot (qui ne fait pas beaucoup avancer le débat)
superbe
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Mr. Green
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phara one


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MessagePosté le: Mer 3 Sep - 13:46 (2008)    Sujet du message: L'Humanité.fr du 30 Août 2008 Répondre en citant

Ce Monsieur a une très belle plume, assurément...
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a gad la télévision .... épi dort .... (ou pas) ...
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cloclodam


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MessagePosté le: Mer 3 Sep - 19:10 (2008)    Sujet du message: L'Humanité.fr du 30 Août 2008 Répondre en citant

 Pas la peine de lire entre les lignes....
 Brillantes vérités,il en reste forcément  quelque chose de ce grenier dépoussiéré Okay
_________________
j'essuie les lames de tous les fonds
de fil en cave sans opinion
je suis le lys que tu exportes
in extremis en porte -à-porte....

PIANO LYS
ERSATZ
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MessagePosté le: Jeu 4 Sep - 16:13 (2008)    Sujet du message: L'Humanité.fr du 30 Août 2008 Répondre en citant

c'est d'une nullité complaisante abyssale.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 23:13 (2016)    Sujet du message: L'Humanité.fr du 30 Août 2008

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